Nutrition : les boissons végétales et le lait sont-ils équivalents ?

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Les jus végétaux sont souvent abusivement surnommés «laits». Pourtant, les deux boissons ont des propriétés nutritionnelles bien différentes.

A la lettre L de tout dictionnaire, ici le Larousse, la définition du mot «lait» ressemblera à quelque chose comme «liquide blanc (…) sécrété par les glandes mammaires de la femme et des mammifères femelles». Mais depuis quelques années, une tout autre sorte de lait est entrée dans nos frigos. Fabriqués la plupart du temps en mélangeant de la poudre de graines broyées avec de l’eau, les laits végétaux ont de nombreuses origines: le lait d’amande, de coco, de soja ou, plus original encore, d’avoine, de noix de cajou, de chanvre, etc. Ils sont végans, peu caloriques, entrent dans la composition de boissons sophistiquées… Bref, ils sont à la mode.

Mais qualifier ces boissons de «lait» entretient la confusion. Il est d’ailleurs interdit de les nommer ainsi depuis juin 2017, à l’exception du lait d’amande et de coco. En effet, à part leur couleur et de leur texture, le lait et les boissons végétales n’ont rien en commun. «C’est comme comparer le bœuf et les carottes», explique le Dr Jean-Michel Lecerf, chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, «les propriétés nutritionnelles ne sont pas du tout les mêmes. Le lait est un aliment liquide nourrissant. Les boissons végétales sont hydratantes, mais pas nourrissantes», explique-t-il.
Pas de boissons végétales pour les nourrissons

Le «vrai» lait, celui qui provient des mamelles, est la seule substance parfaitement adaptée pour assurer la croissance des nouveau-nés, avec les substituts au lait maternel. Il contient de nombreux nutriments essentiels à la santé. «Il y a près de 2000 composants dans le lait. Il apporte déjà des minéraux comme l’iode, le sélénium, le calcium mais aussi des vitamines et des protéines», détaille le médecin nutritionniste. «Des études ont montré la relation inverse entre la consommation de produits laitiers et le nombre de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires, et sur la densité osseuse».

«On a observé des cas extrêmement graves de malnutrition chez des enfants dont les parents ne leur donnaient que des jus végétaux»

Dr Jean-Michel Lecerf

Nourrir un nourrisson avec des jus végétaux peut être très dangereux et conduire à sa mort. «On a observé des cas extrêmement graves de malnutrition chez des enfants dont les parents ne leur donnaient que des jus végétaux», souligne le médecin. «Pour grandir, l’enfant a absolument besoin de protéines. Elles stimulent la croissance, et, un enfant qui n’en consomme pas assez peut être chétif, voire totalement dénutri dans les cas extrêmes». Or, les boissons végétales sont très pauvres en protéines, à l’exception du jus de soja.

Et si l’on oppose les propriétés nutritionnelles du lait de vache et boissons végétales, le lait sortira toujours vainqueur du match. C’était la conclusion de deux chercheurs de l’Université McGill (Canada) en septembre 2017, après la comparaison du lait et des quatre boissons végétales les plus populaires (soja, amande, coco et riz). Le jus de coco a la particularité d’être riche en acide gras saturé, ce qui est souvent associé aux maladies cardiovasculaires. En revanche, les laits d’amande et de soja en possèdent peu. Mais ils ne peuvent pas rivaliser avec le calcium contenu dans le lait de vache, qui en contient environ 4 fois plus, selon les chercheurs canadiens.

«Les boissons végétales ne sont pas sans intérêt», remarque cependant le Dr Lecerf. Le jus de soja, par exemple, dispose d’une bonne teneur en protéines. En cas d’allergie, d’intolérance au lactose ou d’un régime vegan, «il est clair que le jus de soja est la meilleure alternative nutritionnelle au lait de vache», observent les chercheurs canadiens dans leur étude. «De plus, il a des propriétés propres car il contient des phytoestrogènes, des antioxydants qui ont des effets intéressants sur les bouffées de chaleur chez la femme ménopausée», note le médecin nutritionniste. Mais là encore, sa faible teneur en vitamines et en minéraux ne lui permet pas de se substituer au lait maternel chez le nouveau-né – sauf s’il s’agit d’un lait artificiel à base de soja.

Marine Van Der Kluft