Paris, reine de l’anti-gaspi ?

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Si le Parisien jette encore trois fois plus de nourriture que le reste des Français, il a considérablement réduit ses déchets. À l’occasion de la deuxième édition du Festival Zero Waste, tour d’horizon de la planète anti-gaspi.

« On ne joue pas avec la nourriture ! » Cette injonction a ponctué nos enfances. Et si nous commencions par ne plus la jeter, cette nourriture ?

« À Paris, 59000 tonnes de denrées encore emballées et propres à être consommées finissent à la poubelle chaque année. Avec 26 kilos chacun, les Parisiens jettent même trois fois plus que le reste des Français », explique à France 24 Antoinette Guhl, en charge des énergies circulaires à la Mairie de Paris.

Mais depuis deux ans, la capitale française se teinte de vert et prend des airs de reine anti-gaspi. Du restaurant qui vient à la rescousse des légumes jugés trop moches pour exister, aux applications qui permettent de récupérer des paniers repas à petit prix à la fermeture, de plus en plus d’initiatives éclosent, allégeant toujours plus nos poubelles.

« Nous pouvons tous agir, tout le monde peut faire quelque chose à son échelle »AAzjTVJ.img

« Les 587 kilos de déchets par habitant en 2000 – un pic – ont été réduits à 488 kilos en 2016 », se félicite Antoinette Guhl, qui souligne un intérêt croissant des Parisiens dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. Cette thématique est d’ailleurs arrivée en tête du budget participatif, système permettant à la Ville d’impliquer les citoyens dans les choix budgétaires.

« La lutte contre le gaspillage alimentaire intéresse car nous pouvons tous agir, tout le monde peut faire quelque chose à son échelle et c’est motivant ! », explique Flore Berlingen, directrice de Zero Waste France. Jusqu’au 30 juin 2018, la branche française de l’organisation, née en Californie dans les années 1980, organise la deuxième édition de son festival, à Paris, « pour permettre aux professionnels et aux particuliers de découvrir la démarche ‘zéro déchet, zéro gaspi’. De mettre les mains dans le compost, de donner des idées et des moyens de les mettre en place ! ».

Tous l’assurent : Parisiens et Parisiennes s’activent à rendre leur Terre plus légère. « La loi contre le gaspillage alimentaire de 2016 a permis une prise de conscience publique et nous a incités à ne plus gaspiller », constate Julien Meimon, fondateur de Linkee. Cette plateforme solidaire lutte contre le gaspillage alimentaire et la précarité en redistribuant en moyenne 1 000 repas chaque jour aux plus démunis. « Nous utilisons le gaspillage alimentaire comme un outil et non comme une fin : ces denrées doivent aller en priorité aux gens qui ont faim. »

D’autres plateformes, lucratives, contribuent à l’effort. Ainsi, les applications Optimiam et Too Good To Go (« Trop bon pour être jeté ») permettent aux consommateurs de participer à cet élan collectif tout en récupérant un panier repas auprès de commerçants avec une réduction pouvant atteindre les 80 %. Créée en 2014 par Raodath Aminou et Alexandre Bellage, Optimiam jette « un pont digital entre les commerçants et les consommateurs ». Avec 900 partenaires, dont les chaînes Franprix, Subway ou Carrefour City, l’application a permis de récupérer plus de 100 tonnes de nourriture. De son côté, Lucie Basch, dont l’application Too Good To Go vient de souffler sa deuxième bougie, offre chaque jour une seconde vie à 9 000 repas.

Si le chemin à parcourir reste encore long, les salariés des grandes surfaces parisiennes ont vu le nombre de poubelles à sortir diminuer. « En 2015, nous avions récupéré auprès des grandes surfaces 36 000 tonnes de denrées, sur un total de 105 000, détaillait Jacques Bailet, président du réseau des Banques alimentaires aux Échos. En 2017, ce chiffre est monté à 46 000 tonnes sur 110 000, ce qui correspond à 92 millions de repas. » Une prise de conscience qui n’est pas du goût de Silem. « Y’a rien la-dedans ! », s’énerve la retraitée en claquant le couvercle d’une poubelle à l’arrière d’une grande surface parisienne. Avec son allure frêle et son Caddie, elle attend là, chaque matin, à 8 h 45 tapantes que les employés sortent les désormais maigres invendus pour lesquels elle ne fera bientôt plus le déplacement, comme ses copines.

AFP

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